Les organisateurs utilisent-ils vraiment l’IA, ou en parlent-ils surtout ?
La dernière enquête Convene de PCMA constate une hausse de l’adoption de l’IA chez les professionnels des réunions, de 62 % à 65 %, tandis que Bizzabo indique que 95 % des organisateurs anticipent une progression des usages. Le mouvement est réel, mais l’écart reste large entre les discours et les pratiques quotidiennes, avec une gouvernance encore insuffisante dans une grande partie du secteur.
Demandez à dix professionnels des réunions si l’IA a changé leur façon de travailler : la plupart répondront oui. Demandez combien l’ont réellement intégrée à leur processus de préparation cette année : ils seront nettement moins nombreux. Cet écart entre le discours et la pratique est le véritable enseignement des enquêtes du secteur. Pour les choix budgétaires et de prestataires, il compte davantage qu’une nouvelle vague de promesses sur l’IA.
Ce que disent les derniers chiffres
Le magazine Convene de PCMA dresse chaque année un état des lieux du secteur. Sa 32e enquête annuelle sur le marché des réunions, menée en septembre 2025 auprès de 80 professionnels qualifiés, fait passer l’adoption des outils d’IA de 62 % l’année précédente à 65 % PCMA, 32e enquête Convene sur le marché des réunions. La progression est réelle, mais elle se limite à trois points, loin du raz-de-marée évoqué par certains titres de la presse professionnelle. Environ trois quarts des répondants jugent l’IA essentielle pour l’année à venir : la conviction devance donc largement l’habitude d’un usage quotidien.
Le rapport State of Events 2026 de Bizzabo présente une situation similaire sous un autre angle. 95 % des organisateurs interrogés prévoient une hausse de l’usage de l’IA dans leur organisation en 2026, et 35 % une forte hausse Bizzabo, « Tendances événementielles 2026 ». Les attentes dépassent encore la mise en pratique. Les analystes de Bizzabo relèvent une montée parallèle des préoccupations concernant la fiabilité, la transparence et la gouvernance des données, ce qui explique en partie pourquoi tant d’équipes expérimentent encore sans généraliser les usages.
Les usages réellement déclarés
Interrogés par Convene sur leurs usages concrets de l’IA générative, les répondants citent surtout quelques tâches : la recherche arrive en tête à 75 %, suivie de la rédaction marketing à 73 %, puis des programmes et contenus de sessions à 65 %. Les autres usages restent loin derrière : segmentation du marché ou des publics à 23 %, sélection des lieux et choix des intervenants à 15 % chacun.
Cette répartition montre où la technologie apporte aujourd’hui une réelle valeur. Rédiger, résumer et rechercher sont des tâches langagières, précisément adaptées aux grands modèles de langage. Choisir un lieu ou évaluer un intervenant engage le jugement, les relations professionnelles et la responsabilité : la plupart des organisateurs ne sont pas prêts à déléguer ces décisions à un modèle, quelle que soit l’assurance du discours commercial.
Le retard de gouvernance
La question des règles internes mérite davantage d’attention. Seuls 44 % des répondants déclarent que leur organisation dispose d’une politique ou de consignes formelles encadrant l’IA générative. 35 % en élaborent une, et 21 % n’ont ni politique ni projet d’en rédiger.
Autrement dit, plus de la moitié du secteur utilise des outils d’IA sans règles écrites définissant quelles données peuvent y être versées, qui vérifie les résultats ou comment traiter une erreur factuelle communiquée à un client ou à un conseil d’administration. Pour des équipes qui manipulent coordonnées de participants, contrats hôteliers et accords de sponsoring, l’exposition est réelle. Chaque équipe peut y remédier dès ce trimestre, sans acheter de nouvel outil.
Les éditeurs misent sur l’IA comme infrastructure
Les fournisseurs parient sur la poursuite de l’adoption. La couverture de Skift Meetings montre un déplacement : l’IA n’est plus seulement un chatbot ajouté à la plateforme, mais une couche qui relie l’ensemble de ses fonctions Skift Meetings, technologies événementielles. Plusieurs éditeurs proposent des approches « bring your own AI », permettant aux organisateurs de connecter leurs outils habituels sans dépendre d’un modèle unique, ainsi que des copilotes guidant les participants en temps réel tout au long de l’événement.
Ce pari ne sera payant que si la courbe décrite par Convene et Bizzabo continue de progresser. Si les usages restent au stade « nous y croyons davantage que nous ne l’utilisons », les éditeurs faisant de l’IA une infrastructure centrale seront en avance sur les pratiques réelles de leurs clients.
Ce que cela change pour votre prochain événement
Ces constats n’invitent ni à ignorer l’IA ni à craindre d’avoir pris du retard. Les organisateurs qui en tirent aujourd’hui de la valeur l’utilisent là où elle est performante : recherche, rédaction et construction de programme. Ils conservent le jugement humain pour le choix des lieux, la négociation contractuelle et l’évaluation des intervenants. Les équipes les moins exposées associent chaque nouvel outil à des règles écrites sur les données et la validation humaine avant son déploiement.
Si votre organisation n’a pas encore abordé cette politique, le moment est venu. Les outils sont suffisamment mûrs pour aider. Leur gouvernance, dans une grande partie du secteur, ne l’est pas encore.
À retenir
- L’adoption de l’IA chez les professionnels des réunions est passée de 62 % à 65 % en un an, selon la 32e enquête annuelle PCMA, menée en septembre 2025 auprès de 80 répondants.
- Les usages génératifs se concentrent sur la recherche (75 %), la rédaction marketing (73 %) et les programmes ou contenus de sessions (65 %). La sélection des lieux et des intervenants reste à 15 % pour chaque usage.
- Seules 44 % des organisations ont une politique formelle ; 35 % en préparent une et 21 % n’en ont pas et ne prévoient pas d’en établir.
- Selon State of Events 2026 de Bizzabo, 95 % des organisateurs anticipent une hausse des usages, dont 35 % une forte hausse, tandis que les inquiétudes sur la fiabilité et la gouvernance augmentent.
- Les éditeurs misent sur une IA intégrée à l’infrastructure, avec connexion des outils existants et copilotes en temps réel pour les participants, en supposant que l’adoption continue d’accélérer.
- Les équipes qui utilisent l’IA pour rechercher et rédiger tout en encadrant les données et la validation par écrit en recueillent les bénéfices avec une exposition réduite.
Sources : PCMA — Résultats de la 32e enquête annuelle sur le marché des réunions, Bizzabo — Tendances événementielles 2026 : IA, budgets, ROI et constats des décideurs, Skift Meetings — Technologies événementielles.
Daniel Schaurich
Par
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